Trois films liés à Haïti en compétition au FIFAC 2026

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Par Christien Sylvaince:

Le cinéma haïtien et les récits qui racontent Haïti seront une nouvelle fois présents sur la scène documentaire internationale. Pour sa 8e édition, le Festival International du Film documentaire Amazonie-Caraïbes (FIFAC) accueille trois œuvres liées à Haïti dans sa compétition : « Résurgence », « Double citoyen » et « Nan Ginen ». Trois films, trois regards, mais une même volonté de faire entendre des histoires de mémoire, d’identité, d’exil et d’appartenance.

Du 6 au 10 octobre 2026, Saint-Laurent du Maroni, en Guyane française, accueillera la 8e édition du FIFAC. Cette année, 35 films issus de 13 territoires d’Amazonie et de la Caraïbe sont programmés, dont 16 en compétition, répartis entre huit longs métrages et huit courts métrages.

Parmi cette sélection internationale, Haïti apparaît à travers trois œuvres portées par des cinéastes aux parcours différents, mais dont les films interrogent, chacun à leur manière, les traces laissées par l’histoire.

« Résurgence » : quand le cinéma affronte le silence familial

Réalisé par Feguenson Hermogène, « Résurgence » est un documentaire de 50 minutes, produit entre Haïti et la France et tourné en créole haïtien. Le film figure dans la compétition des longs métrages du FIFAC 2026.

Le réalisateur part d’un souvenir d’enfance particulièrement douloureux : alors qu’il avait à peine dix ans, il a été témoin d’une agression de sa mère par son père. Des années plus tard, après ses études de cinéma à Cuba, il revient auprès de sa mère avec le désir de briser un silence familial devenu tabou.

À travers ce dialogue entre une mère et son fils, « Résurgence » dépasse progressivement le cadre de l’histoire personnelle. Le film interroge la violence des hommes, sa transmission et la peur du réalisateur de retrouver en lui-même les traces de cette violence.

Feguenson Hermogène, né en Haïti, a étudié la sociologie à l’Université d’État d’Haïti avant de poursuivre des études de cinéma à l’Escuela Internacional de Cine y Televisión de Cuba. Avec « Résurgence », il signe une œuvre intime qui s’inscrit également dans une démarche documentaire plus large autour de la mémoire et des réalités sociales.

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« Double citoyen » : une histoire de famille, d’exil et d’identité

Avec « Double citoyen », la réalisatrice Rachelle Salnave aborde une autre question profondément liée à l’histoire haïtienne : celle de l’appartenance.

Coproduction entre les États-Unis et Haïti, ce documentaire de 1 h 15, tourné en anglais, en créole haïtien et en français, suit Rachelle Salnave et son père, Édouard Salnave, dans une démarche personnelle autour de la citoyenneté haïtienne. Le film est présenté dans la compétition des longs métrages du FIFAC.

Le point de départ est l’amendement de 2012 à la Constitution haïtienne permettant la double nationalité. Mais pour que Rachelle puisse entreprendre cette démarche, son père doit lui-même redevenir haïtien.

La situation prend alors une dimension beaucoup plus intime. Édouard Salnave n’est pas retourné en Haïti depuis plus de cinquante ans. Sa famille avait quitté le pays dans le contexte de l’exil politique des années 1960. Le retour vers la citoyenneté devient ainsi une manière de rouvrir une histoire familiale longtemps tenue à distance.

Présenté par le FIFAC comme un road-movie père-fille, « Double citoyen » devient aussi une réflexion sur les identités multiples, l’exil et le lien parfois complexe entre une personne et le pays de ses origines.

Pour Rachelle Salnave, cinéaste ayant plus de vingt ans d’expérience et ancienne directrice générale de l’Artists Institute en Haïti, le film représente son troisième long métrage documentaire.

« Nan Ginen » : la mémoire haïtienne au cœur de Cuba

La présence haïtienne se poursuit dans la compétition des courts métrages avec « Nan Ginen », également réalisé par Feguenson Hermogène.

D’une durée de 21 minutes et 19 secondes, le film est une coproduction Cuba-Haïti et est présenté en créole haïtien. Il suit une famille cubaine d’origine haïtienne qui rend hommage à la déesse Erzulie. À travers ce rituel, le film fait remonter les souvenirs et l’histoire tragique des travailleurs migrants haïtiens au milieu des ruines de l’ancienne industrie sucrière cubaine.

« Nan Ginen » relie ainsi spiritualité, mémoire et migration. Le film rappelle également la présence historique des Haïtiens à Cuba et les blessures laissées par leur histoire migratoire.

Sélectionné en compétition courts métrages au FIFAC, le film marque aussi une nouvelle étape dans le parcours de Feguenson Hermogène, qui participe au festival pour la troisième fois.

Trois films, trois façons de raconter Haïti

Avec « Résurgence », « Double citoyen » et « Nan Ginen », la présence haïtienne au FIFAC 2026 prend des formes multiples.

Un fils retourne vers une blessure familiale. Une fille accompagne son père sur le chemin d’une citoyenneté longtemps abandonnée. Une famille d’origine haïtienne convoque la mémoire des ancêtres à travers un rituel dédié à Erzulie.

Trois histoires différentes, mais reliées par une même question : comment continuer à appartenir à une histoire lorsque le temps, l’exil ou les blessures ont créé de la distance ?

À travers ces œuvres, Haïti ne se présente donc pas seulement comme un territoire. Elle apparaît comme une mémoire, une identité et une histoire qui continuent de traverser les générations et les frontières.

Le FIFAC offrira ainsi, en octobre, un nouvel espace de rencontre pour ces récits haïtiens avec les autres cinémas de l’Amazonie et de la Caraïbe.

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