Par Christien Sylvaince:
SAINT-LAURENT-DU-MARONI, Guyane française — Le documentaire Résurgence, du réalisateur haïtien Feguenson Hermogène, a remporté le Prix du jury lycéen lors de la huitième édition du Festival international du film documentaire Amazonie-Caraïbes (FIFAC), clôturée le 10 octobre 2026 à Saint-Laurent-du-Maroni. Le film a également obtenu une mention spéciale du jury professionnel dans la compétition des longs-métrages.
À la réception du prix, l’émotion était palpable chez le cinéaste. Au-delà de cette reconnaissance, cette distinction a pris une dimension personnelle, tant le film est lié à son histoire familiale et à la volonté de faire émerger une parole longtemps restée silencieuse.
« Je devais remercier les producteurs, Jean-Marie, qui est là avec nous, et Rachel Magloire, qui est en Haïti, ainsi que ma femme, Valérie. Je remercie également Docmonde et le FIFAC, mais aussi ma mère, qui a accepté de raconter une partie de sa vie à des inconnus », a déclaré le réalisateur.
Dans son intervention, Feguenson Hermogène a également tenu à partager cette récompense avec Laurène Belrose, une amie du festival récemment décédée.
« Il y a une personne avec qui j’aimerais partager ce prix. C’est une amie du festival qui, malheureusement, n’est pas avec nous. Elle est décédée. Il s’agit de Laurène Belrose. Merci beaucoup pour tout. Je t’aime très fort », a-t-il confié, avec une émotion manifeste.

Une histoire intime qui touche les jeunes jurés
D’une durée de 50 minutes, Résurgence est une coproduction haïtienne et française portée par Sanosi Productions, Fastforward et France Télévisions. Le documentaire revient sur un épisode traumatisant de l’enfance du réalisateur, témoin, à l’âge d’environ dix ans, des violences exercées par son père sur sa mère.
Après trois années d’études à Cuba, Feguenson Hermogène retourne auprès de sa mère avec la volonté de revenir sur ce passé douloureux. Le dialogue qui s’installe entre eux permet d’aborder les violences conjugales, les secrets familiaux et les conséquences d’une histoire longtemps passée sous silence.
Pour Christa, membre du jury des lycéens, c’est précisément la portée sociale du film qui a motivé le choix des jeunes jurés.
« Dans ce film, le réalisateur questionne sa mère sur les raisons pour lesquelles elle ne s’est jamais mariée. À travers ce questionnement, il aborde les violences conjugales, la figure d’un père absent, mais aussi la monoparentalité. C’est ce qui a été un coup de cœur pour nous », a-t-elle expliqué.
La jeune jurée a également insisté sur la proximité entre les réalités évoquées dans le documentaire et les expériences vécues par certains jeunes en Guyane.
« Plusieurs d’entre nous, ici présents, mais aussi des jeunes dans toute la Guyane, subissent le patriarcat. Par notre vote, nous nous élevons contre les violences conjugales, mais aussi contre les tabous de la société », a-t-elle affirmé.
Cette prise de position donne une résonance particulière au prix. En distinguant Résurgence, les lycéens ne saluent pas uniquement un récit personnel : ils reconnaissent aussi la capacité du cinéma documentaire à mettre en discussion des problèmes sociaux qui les concernent directement.
Une double distinction au FIFAC
Le Prix du jury lycéen, doté de 1 500 euros avec le soutien de SFR Caraïbe, récompense le film dans la compétition des longs-métrages. La mention spéciale du jury professionnel vient compléter ce palmarès et confirmer l’intérêt suscité par cette œuvre auprès de deux jurys aux regards différents.
Cette double reconnaissance souligne la force d’un documentaire qui part de l’intimité familiale pour interroger des réalités plus larges. En confrontant les souvenirs de son enfance à la parole de sa mère, Feguenson Hermogène aborde les mécanismes du silence, les rapports de pouvoir au sein du foyer et la transmission des traumatismes.
Feguenson Hermogène, entre mémoire personnelle et questionnement social
Formé en sociologie à l’Université d’État d’Haïti, puis en cinéma à l’Escuela Internacional de Cine y Televisión de Cuba, Feguenson Hermogène développe un travail documentaire attentif aux histoires individuelles, aux mémoires collectives et aux héritages culturels.
Avec Résurgence, le réalisateur transforme une expérience personnelle en matière cinématographique. Son approche invite à considérer la parole comme un moyen de revisiter le passé et d’interroger les conséquences de la violence au sein de la famille.
À Saint-Laurent-du-Maroni, le film aura ainsi trouvé un écho auprès des professionnels du cinéma comme des jeunes spectateurs. La distinction du jury lycéen prend une signification particulière : celle d’une jeunesse qui, par son vote, affirme son refus des violences conjugales et des tabous qui les entourent.






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