Par Christien Sylvaince:
Ils n’ont pas fréquenté une école de cinéma. Pourtant, leurs parcours les ont conduits jusqu’à certaines des plus importantes scènes du cinéma international. Gessica Généus et Samuel Suffren représentent deux trajectoires singulières du cinéma haïtien contemporain, construites à partir d’expériences artistiques différentes, mais réunies par une même passion pour l’image et le récit.
L’une arrive au cinéma par l’acting avant de passer derrière la caméra. L’autre commence par la photographie avant de se tourner progressivement vers la réalisation. Deux chemins différents qui les conduisent aujourd’hui à faire voyager leurs œuvres dans des festivals internationaux.

Gessica Généus, de l’acting à la réalisation
Avant de devenir réalisatrice, Gessica Généus s’est d’abord fait connaître comme comédienne. Elle a notamment suivi une formation en acting à Acting International à Paris, une étape importante dans son parcours artistique.
Son expérience de comédienne va progressivement nourrir son regard de réalisatrice. Derrière la caméra, elle développe une écriture personnelle, attentive aux réalités haïtiennes, à la mémoire, aux rapports familiaux et aux questions qui traversent la société.
Avec Freda, son premier long métrage de fiction, Gessica Généus franchit une étape majeure. Le film est présenté au Festival de Cannes en 2021, dans la section Un Certain Regard, donnant une nouvelle visibilité internationale à son travail.
Son parcours se poursuit ensuite avec Marie Madeleine, un film qui continue lui aussi son voyage à travers différents rendez-vous cinématographiques internationaux.

Samuel Suffren, de la photographie au cinéma
Pour Samuel Suffren, le parcours commence avec la photographie. Avant de devenir cinéaste, il est d’abord photographe. C’est à travers cette pratique qu’il développe son rapport au cadre, à la lumière et à l’image.
Son rapprochement avec le cinéma se fait ensuite à Port-au-Prince, grâce à des rencontres avec une communauté de jeunes cinéphiles, parmi lesquels plusieurs étaient issus du Ciné Institute de Jacmel. Samuel Suffren n’a pas étudié dans cette école, mais les échanges avec ces personnes formées au cinéma vont jouer un rôle important dans son parcours.
De ces rencontres naît notamment l’idée de créer un ciné-club. Le groupe se retrouve régulièrement pour regarder des films et échanger autour du septième art. Cette expérience lui permet d’approfondir sa culture cinématographique et de découvrir des cinéastes comme Wong Kar-wai, Ousmane Sembène et Pier Paolo Pasolini, dont les œuvres vont contribuer à nourrir son regard.
Sa formation se construit ainsi progressivement, entre photographie, rencontres, projections, échanges et pratique. Son regard de photographe commence à se transformer en une démarche cinématographique, avec le désir de raconter des histoires et de développer sa propre écriture.
Son parcours le conduit ensuite vers la réalisation. Avec des œuvres comme Agwe, Des rêves en bateaux-papiers et Cœur Bleu, Samuel Suffren voit progressivement son travail circuler dans plusieurs grands festivals internationaux, notamment à Locarno, Sundance et Cannes.
Deux chemins, une même volonté de raconter
Gessica Généus et Samuel Suffren n’ont pas emprunté le même chemin pour arriver au cinéma. Gessica vient de l’acting, Samuel de la photographie. Aucun des deux n’a suivi le parcours classique d’une école de cinéma pour devenir réalisateur.
Leurs trajectoires montrent surtout qu’il existe plusieurs chemins vers la création cinématographique. L’apprentissage peut aussi se construire à travers une pratique artistique, les rencontres, les échanges, la curiosité et l’expérience.
Aujourd’hui, leurs œuvres voyagent au-delà d’Haïti et leur présence dans les festivals internationaux témoigne de deux regards qui, chacun à sa manière, participent à faire entendre le cinéma haïtien sur la scène mondiale.






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