Par Christien SYLVAINCE:
Avec Ombres Spirales, Wood-Jerry Gabriel confirme son attachement à un cinéma où les images parlent autant que les mots. Entre poésie visuelle, mémoire et expérimentation, le réalisateur poursuit une démarche artistique qui enrichit le paysage du cinéma haïtien contemporain et affirme une vision profondément personnelle du septième art.
Un parcours construit entre fiction et documentaire
Le cinéma haïtien contemporain continue de révéler une génération de réalisateurs qui cherchent à renouveler les formes de narration et à proposer un langage cinématographique capable de dialoguer avec les réalités sociales, culturelles et poétiques du pays. Parmi ces créateurs figure Wood-Jerry Gabriel, cinéaste, scénariste, directeur de la photographie et monteur, dont la démarche artistique se distingue par une recherche constante d’une écriture visuelle où l’image devient un véritable vecteur d’émotion.
Au fil des années, Wood-Jerry Gabriel s’est construit un parcours marqué par une volonté d’explorer différentes formes cinématographiques, alternant entre fiction, documentaire et cinéma expérimental. Son travail témoigne d’un intérêt particulier pour la mémoire collective, l’identité haïtienne, les émotions humaines et la puissance évocatrice des images. Plutôt que de privilégier une narration traditionnelle, le réalisateur laisse une place importante au regard du spectateur en proposant des œuvres ouvertes à plusieurs niveaux d’interprétation.
Avant Ombres Spirales, Wood-Jerry Gabriel s’était déjà illustré avec plusieurs productions. En 2014, il réalise La Veuve, son deuxième court métrage de fiction, où il poursuit une réflexion sur les rapports humains à travers une mise en scène sobre et sensible. Deux ans plus tard, il signe Jacmel en 1000 Couleurs (2016), un court documentaire consacré à la richesse culturelle et patrimoniale de la ville de Jacmel, mettant en valeur ses paysages, ses traditions et sa créativité artistique.
Son parcours est également marqué par plusieurs collaborations internationales. Il participe notamment, aux côtés du cinéaste canadien Kaveh Nabatian, à l’écriture du texte du court métrage Nan Lakou Kanaval (2014), réalisé avec des étudiants du Ciné Institute à Jacmel. Il est également l’auteur du texte du documentaire Kite Zo A : Leave the Bones (2022), présenté au Festival du nouveau cinéma de Montréal, une œuvre qui contribue au rayonnement du patrimoine culturel haïtien sur la scène internationale.
Cette diversité d’expériences nourrit aujourd’hui une démarche artistique où la poésie visuelle occupe une place centrale. Chez Wood-Jerry Gabriel, le cinéma ne se limite pas à raconter une histoire : il cherche avant tout à provoquer une émotion, à susciter une réflexion et à laisser au public la liberté de construire son propre sens.
Une œuvre où les images deviennent langage
C’est dans cette continuité que s’inscrit Ombres Spirales, son nouveau court métrage présenté en avant-première le 16 juillet 2026 à l’hôtel Florita de Jacmel, dans le cadre de Ciné Poème, une rubrique de Jeux Dits Pwezi, rendez-vous culturel hebdomadaire réunissant cinéphiles, écrivains, artistes et amoureux de la création. À l’issue de la projection, le réalisateur a échangé avec le public lors d’une rencontre animée par le journaliste Cleavens Fleurantin.
D’une durée de 12 minutes et 40 secondes, Ombres Spirales s’impose comme une œuvre où le langage cinématographique repose essentiellement sur la force des images. Dépourvu de dialogues, le film privilégie une narration construite autour d’une voix off, de compositions visuelles symboliques et d’une succession de tableaux poétiques invitant le spectateur à participer activement à la construction du récit.
Le synopsis évoque « des images, des ombres qui dansent, des fragments d’histoires entre souvenirs et fantasmes, comme une lettre envoyée à l’univers ». Cette proposition artistique ne cherche pas à imposer une interprétation unique. Au contraire, elle invite chacun à parcourir l’œuvre selon sa propre sensibilité, faisant du spectateur un véritable acteur de l’expérience cinématographique.
Une équipe artistique au service d’une vision
Coproduit par Groote Films et Kitfilms, le film réunit une équipe artistique majoritairement haïtienne. Wood-Jerry Gabriel y assure la réalisation, le scénario, la direction de la photographie, le cadrage et le montage. La direction artistique et les costumes sont confiés à Douby-Frantz Gabriel, tandis que Roudie Rigaud Marcelin signe la prise de son et la création sonore. La supervision du montage est assurée par Vernet Stéphane Augustin et Luckenson Jean. La voix off est interprétée par Eliezer Guerismé, alors que les rôles principaux sont incarnés par Rooslande Guano et Saintane Osnac.
Le choix d’un cinéma sans dialogues
Lors des échanges organisés après la projection, Wood-Jerry Gabriel a expliqué les motivations qui l’ont conduit à réaliser un film sans dialogues. Selon lui, certaines émotions échappent au langage verbal et trouvent davantage leur force dans le pouvoir des images.
« On ne peut pas tout raconter avec les mots. Le cinéma est avant tout un transfert d’émotion. »
Cette approche confère au film une dimension contemplative où les thèmes de l’amour, de la mémoire, de l’absence et de la mort se déploient dans un univers profondément symbolique.
En privilégiant la suggestion plutôt que l’explication, Ombres Spirales invite le public à vivre une expérience sensorielle où chaque image devient porteuse de sens. Cette liberté laissée au spectateur constitue l’une des principales forces de l’œuvre.
Une signature qui s’affirme dans le cinéma haïtien
Avec Ombres Spirales, Wood-Jerry Gabriel confirme son désir d’explorer un cinéma d’auteur qui privilégie la suggestion à l’explication. Son œuvre s’inscrit dans le mouvement d’une nouvelle génération de cinéastes haïtiens qui expérimentent de nouvelles formes narratives tout en restant profondément enracinés dans l’imaginaire, la culture et les sensibilités haïtiennes.
À mesure que son parcours se développe, Wood-Jerry Gabriel s’impose progressivement comme l’une des voix les plus singulières de cette nouvelle génération de réalisateurs. Son cinéma, fondé sur la poésie des images et la puissance des émotions, contribue à enrichir le paysage du cinéma haïtien contemporain et ouvre de nouvelles perspectives pour la création audiovisuelle nationale.
Sources : Vive Voix Info ; informations communiquées lors de la projection de Ombres Spirales à Jacmel, le 16 juillet 2026.


