À Rome, « Marie Madeleine » de Gessica Généus sacré meilleur film à la Villa Médicis

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Par Christien Sylvaince:

De Jacmel à Rome, une histoire haïtienne vient de franchir une nouvelle frontière. « Marie Madeleine », le deuxième long métrage de la réalisatrice haïtienne Gessica Généus, a remporté le Prix du meilleur film de la 6e édition du Festival de Film de la Villa Médicis. Une distinction qui vient ajouter un nouveau chapitre au parcours international de cette œuvre profondément ancrée dans la réalité haïtienne.

Le samedi 19 septembre 2026, dans le cadre prestigieux de la Villa Médicis, à Rome, le nom de Gessica Généus s’est retrouvé au sommet du palmarès du Festival de Film de la Villa Médicis. Présenté dans la compétition internationale, « Marie Madeleine » a été choisi parmi douze œuvres venues de différents horizons du cinéma contemporain.

Organisé du 16 au 20 septembre, le festival romain s’intéresse à des formes cinématographiques qui entretiennent un dialogue avec l’art contemporain. Fictions, documentaires, essais et films d’artistes y sont réunis autour d’une programmation qui laisse une place importante aux nouvelles écritures du cinéma. 

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Jacmel, un territoire au cœur du film

Dans « Marie Madeleine », Gessica Généus choisit de raconter une histoire qui prend racine à Jacmel, dans le sud’est d’Haïti.

La ville n’est pas seulement un décor. Elle accompagne les personnages, leurs contradictions, leurs croyances et leurs désirs. C’est dans cet environnement que Marie Madeleine, une femme qui vit du travail du sexe, rencontre Joseph, un jeune évangéliste.

Deux univers que tout semble opposer vont alors se rapprocher.

À travers cette rencontre, la réalisatrice interroge la foi, le désir, la morale, la liberté et le regard porté sur celles et ceux qui vivent en marge des normes sociales.

Il convient toutefois de le préciser : Gessica Généus n’est pas originaire de Jacmel. La réalisatrice a choisi cette ville comme territoire essentiel de son récit. Le film y trouve une partie de sa force visuelle et humaine, tandis que Jacmel devient un personnage à part entière de cette histoire. Le Festival de Cannes situe lui aussi l’intrigue du film à Jacmel. 

Une nouvelle étape après « Freda »

Cette récompense romaine vient également inscrire « Marie Madeleine » dans la continuité du parcours de Gessica Généus.

Avec « Freda », son premier long métrage, la cinéaste avait déjà attiré l’attention internationale en proposant une œuvre centrée sur une jeune femme haïtienne confrontée aux réalités sociales, familiales et politiques de son pays.

Avec « Marie Madeleine », elle poursuit cette exploration de l’intime et du collectif.

Mais cette fois encore, l’ambition dépasse le simple récit individuel. À travers ses personnages, le film ouvre une réflexion sur une société où la religion, la sexualité, la pauvreté, les préjugés et le désir de liberté peuvent se rencontrer, parfois de manière brutale.

Une récompense qui voyage avec Haïti

Le Prix du meilleur film obtenu à la Villa Médicis n’est pas seulement une ligne supplémentaire dans le parcours d’un film. Il permet aussi à une œuvre tournée en Haïti, racontée en partie en créole haïtien et en français, de continuer à circuler dans les espaces internationaux du cinéma.

La production de « Marie Madeleine » réunit plusieurs pays, notamment Haïti, la France, la Belgique, le Luxembourg et le Canada, donnant au projet une dimension internationale tout en conservant son ancrage haïtien.

Quelques mois après son passage remarqué au Festival du film de Cabourg, où il avait reçu le Grand Prix du jury, le film franchit donc une nouvelle étape à Rome.

Une victoire qui mérite d’être regardée de près

À une époque où les cinématographies venues de petits marchés cherchent encore des espaces de visibilité internationale, chaque sélection et chaque prix peuvent contribuer à faire circuler des histoires qui seraient autrement moins exposées.

Avec « Marie Madeleine », Gessica Généus offre au public international une nouvelle porte d’entrée vers Haïti : une Haïti complexe, intime, contradictoire et profondément humaine.

De Jacmel à Rome, le voyage de Marie Madeleine continue.

Et cette fois, il s’arrête à la Villa Médicis, avec un prix entre les mains.

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