Par Christien SYLVAINCE:
Du 16 au 22 août 2026, le petit village de Lussas, en Ardèche, redeviendra l’un des grands carrefours du cinéma documentaire à l’occasion de la 38e édition des États généraux du film documentaire. Pendant une semaine, cinéastes, professionnels, étudiants et spectateurs se retrouveront autour d’une programmation d’environ 130 films, accompagnée de rencontres, séminaires, ateliers et rendez-vous professionnels.
Organisée par Ardèche Images, la manifestation occupe une place singulière dans le paysage du documentaire. Ici, pas seulement des projections : les films deviennent aussi des points de départ pour la réflexion, la transmission et les échanges autour des différentes manières de raconter le réel. Plusieurs salles et une vidéothèque accueillent les projections, auxquelles s’ajoutent notamment des séances en plein air et des projections dans les villages environnants.

« Résurgence », une histoire haïtienne au cœur de Lussas
Parmi les œuvres programmées cette année figure Résurgence, du réalisateur haïtien Feguenson Hermogène. Le documentaire, produit en France et présenté dans une version de 51 minutes, plonge au cœur d’une histoire familiale marquée par la violence et le silence.
À partir d’un souvenir d’enfance — l’agression de sa mère par son père alors qu’il avait à peine dix ans — Feguenson Hermogène revient sur une parole longtemps restée interdite au sein de sa famille. Après plusieurs années passées à Cuba pour ses études, le cinéaste retourne auprès de sa mère et engage avec elle un dialogue intime autour du père disparu, de la violence des hommes et de ce qu’une génération peut transmettre à la suivante.
La présence de Résurgence à Lussas permet ainsi à une histoire profondément liée à l’expérience familiale et haïtienne de rencontrer un public international dans un espace particulièrement consacré au documentaire de création.
Une programmation traversée par la mémoire, l’intime et les bouleversements du monde
Autour de Résurgence, la programmation offre une grande diversité de regards et de formes documentaires.
Triangle, d’Anaël Dang, part lui aussi d’un secret familial. Le réalisateur revient sur une enveloppe reçue de son père à l’âge de 21 ans et tente, vingt ans plus tard, de démêler les mensonges et les non-dits qui ont façonné son histoire et celle de ses proches. Le film fait ainsi résonner, d’une autre manière, certaines interrogations autour de la mémoire familiale également présentes dans Résurgence.
Avec Feu fantôme, Morgane Ambre transforme une expérience personnelle de violence sexuelle en un travail cinématographique sur la parole, la responsabilité et la culture du viol. Le film prend la forme d’une lettre ouverte et confronte deux personnes à un événement traumatique de leur passé.
Dans La Ville sans nom, Joseph Césarini et Iacopo Fulgi déplacent le regard vers l’univers carcéral. Le documentaire interroge l’appartenance, la mémoire et la possibilité de construire des liens humains dans un espace défini par l’enfermement.
Des territoires et des mémoires en mouvement
La programmation de Lussas s’intéresse également aux rapports entre les êtres humains, leurs territoires et les transformations du monde qui les entoure.
Tourné sur une période de quinze ans, Dieux de pierre, d’Iván Castiñeiras Gallego, observe une communauté rurale située à la frontière entre la Galice et le Portugal. À travers le parcours de Mariana, qui grandit au milieu des récits et traditions de son village, le film confronte l’enracinement à la modernité et à la possibilité du départ.
Dans À l’heure la plus silencieuse, Jean-Baptiste Perret part à la rencontre de personnes installées dans les gorges du Haut-Allier qui cherchent à inventer d’autres manières d’habiter leur territoire et d’entretenir une relation différente au temps, au vivant et à l’économie.
Ici rond-point de l’Asie, d’Hélène Robert et Jérémy Perrin, nous transporte pour sa part dans une zone industrielle et portuaire du delta du Rhône. Entre camions, conteneurs, végétation et traces du passé, le film observe les effets de la chaîne logistique mondiale sur un territoire et sur le vivant.
Quand le documentaire dialogue avec l’Histoire
Plusieurs films utilisent également les archives pour interroger le passé.
Dans En plein désert, il y avait un puits, Chris Pellerin accompagne Jean, 84 ans, dans ses souvenirs de la guerre d’Algérie. Photographies et archives amateures entrent en dialogue avec sa mémoire et font apparaître les contradictions entre les discours coloniaux de l’époque et la violence de la guerre.
Avec With Hasan in Gaza, le cinéaste palestinien Kamal Aljafari repart de trois cassettes MiniDV tournées à Gaza en 2001. Ces images, initialement enregistrées lors de la recherche d’un ancien compagnon de cellule, deviennent plus de deux décennies plus tard une réflexion sur la mémoire, la disparition et le passage du temps.
Lussas, un espace consacré au documentaire de création
Au-delà de ces quelques titres, près de 130 films sont annoncés pendant la semaine. L’édition 2026 s’articule notamment autour de plusieurs axes de programmation. Expériences du regard accorde une attention particulière aux œuvres récentes et encore peu diffusées produites ou coproduites dans l’Europe francophone. La Route du Doc met cette année la Tunisie à l’honneur, tandis qu’un parcours Histoire(s) du documentaire se penche sur le cinéma argentin entre 1958 et 1987.
Dans ce vaste panorama, la sélection de Résurgence offre une visibilité supplémentaire au travail de Feguenson Hermogène et permet à un récit issu de l’expérience haïtienne de prendre place au milieu d’œuvres qui, chacune à leur manière, interrogent la famille, la mémoire, les territoires, les violences et les transformations des sociétés contemporaines.
Du récit intime aux grandes fractures de l’Histoire, les États généraux du film documentaire de Lussas 2026 rappellent ainsi la capacité du cinéma documentaire à faire surgir des paroles longtemps enfouies et à transformer des expériences individuelles en récits capables de dialoguer avec le monde.
Informations pratiques
La 38e édition des États généraux du film documentaire se déroulera du 16 au 22 août 2026 à Lussas, en Ardèche (France). Le catalogue 2026 et la grille horaire ont été mis en ligne en juillet, tandis que la billetterie générale a ouvert le 5 août.
Pour consulter la programmation complète, les horaires et les informations du festival :
Site officiel des États généraux du film documentaire – Ardèche Images






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